Résumé
- Le véritable problème concernant les dépenses de santé au Canada, c’est la manière dont nous les dépensons. Pour chaque dollar consacré à la prévention et à la promotion, le Canada dépense près de 12 $ pour les hôpitaux et les médecins.1
- Ce moment est vraiment différent. L’IA, l’interopérabilité des données et l’engagement des consommateurs se conjuguent de manière à accélérer la transformation.
- Nous devons redéfinir la santé en tant que moteur économique plutôt qu’en tant que simple poste budgétaire. Une main-d’œuvre en meilleure santé est plus productive et stimule la croissance nationale.
- Les progrès dépendent désormais de la coordination. Pour harmoniser l’expérience des soins de santé au Canada, les acteurs publics et privés doivent recentrer les soins en amont et mieux exploiter les capacités limitées du système.
J’ai eu le plaisir d’animer une discussion avec deux personnalités qui façonnent le secteur de la santé canadien, chacune selon sa propre perspective. Michelle Theroux, responsable nationale du secteur de la santé chez Deloitte Canada, conseille les gouvernements et les grandes organisations sur des projets de transformation complexes et de grande envergure. Dave Adams, vice-président exécutif chargé des assurances chez Medavie, s’efforce de rendre les soins plus accessibles, plus axés sur la prévention et mieux coordonnés pour les adhérents à travers le pays.
Voici les principaux enseignements de notre discussion, mais vous pouvez revoir l’enregistrement complet ici.
Nous vivons un moment unique. La santé est une préoccupation majeure pour les Canadiens ; elle pèse lourdement sur les budgets tant du gouvernement que des employeurs, et repose toujours sur un système conçu il y a plusieurs décennies pour soigner les maladies et non pour les prévenir. Des patients passent entre les mailles du filet, les données sont cloisonnées, et trop de Canadiens ne reçoivent pas les soins dont ils ont besoin avant qu’il ne soit trop tard.
Parallèlement, nous disposons de nouvelles capacités d’IA et de modèles de comportement des consommateurs qui n’existaient pas il y a encore quelques années. L’écart entre ce que le système fait aujourd’hui et ce dont il est capable est plus grand que jamais.
La question demeure donc : comment pouvons-nous combler cet écart et accélérer la transformation d’un système réactif et fragmenté à un système unifié, proactif et qui favorise de meilleurs résultats de santé pour les Canadiens?
Le problème des dépenses de santé au Canada est, en fin de compte, un problème de conception
Le Canada a dépensé environ 399 milliards de dollars en soins de santé en 20252— plus que la moyenne par habitant de l’OCDE3— et pourtant, nous accusons un retard par rapport à ces mêmes pays comparables en termes de résultats et d’accès.4 La conclusion à laquelle je reviens constamment est que nous dépensons trop peu en prévention et trop en traitement des maladies.
Les chiffres le confirment. Les hôpitaux représentent à eux seuls la plus grande catégorie de dépenses de santé au Canada.1 Lorsque la façon la plus rapide d’obtenir des soins passe par un hôpital, une salle d’urgence ou une consultation chez un spécialiste, le système se tourne par défaut vers des soins coûteux et à un stade avancé. Karli Farrow, présidente et chef de la direction de Trillium Health Partners, a récemment parlé de cette crise lors d’un événement du Canadian Club à Toronto.
Au cours de notre conversation, Michelle nous a brossé le portrait suivant : Sarah, la quarantaine bien entamée, souffre depuis des mois d’épuisement, de troubles du sommeil et d’une anxiété grandissante. Elle sent bien que quelque chose ne va pas, mais comme 5,9 millions d’autres Canadiens, elle n’a pas de médecin traitant.5 Elle attend donc, fait des recherches en ligne et finit par se retrouver dans une clinique sans rendez-vous. Elle obtient 12 minutes avec un prestataire qui ne connaît pas son historique, et sort avec une recommandation pour un rendez-vous chez un spécialiste dans plus de 28 semaines. Au moment où on lui diagnostique l’épuisement professionnel et le diabète de type 2 à un stade précoce, elle fonctionne à capacité réduite depuis presque un an.
Le système a finalement traité la crise, mais n’a jamais aidé Sarah dans les premiers moments où elle en avait le plus besoin. Multipliez cette histoire sur des millions de Canadiens et nous pouvons comprendre pourquoi la majorité des fonds des soins de santé continuent d’affluer vers l’extrémité la plus coûteuse du système de santé. Ce qu’il nous faut, c’est repenser la manière dont le système se présente aux usagers et les lieux où il intervient, afin que les problèmes soient détectés plus tôt et orientés vers les soins appropriés, et ce à un coût bien moindre.
Pourquoi ce moment est différent : les capacités de l’IA rencontrent un changement dans le comportement des consommateurs
Cela fait au moins vingt ans que nous affirmons que le système de santé canadien doit se transformer; il est donc tout à fait légitime d’émettre des doutes quant à l’idée selon laquelle « cette fois-ci, c’est différent ». Mais trois choses ont changé, et elles sont toutes ressorties de notre discussion.
- L’IA est passée du conceptuel à l’utile. De nouveaux modèles peuvent prédire les besoins des patients, les guider vers le bon parcours de soins et réduire le fardeau administratif sur le système. Chez League, nous croyons que ces capacités nous amènent vers la promesse d’une « équipe de soins infinie » dans la poche de chaque consommateur : une IA qui comble les lacunes en matière de soins, aide les gens à gérer leurs maladies chroniques et les incite à prendre des mesures préventives avant qu’une crise ne se produise.
- L’augmentation annuelle des dépenses de santé s’avère clairement insoutenable. Les dépenses de santé ont augmenté de 4,2 % en 2025, alors que la croissance économique n’a atteint que 2,6 %; c’est la deuxième année consécutive où la croissance des dépenses dépasse celle de l’économie.6 La possibilité de faire face à cette pression en augmentant le budget chaque année n’existe tout simplement plus.
- La façon dont les gens s’engagent dans leur santé a changé. Un sondage récent a révélé que 46 % des Canadiens ont utilisé un chatbot IA pour obtenir des conseils médicaux au cours des 12 derniers mois.7 Au lieu d’attendre que le système rattrape son retard, ils recherchent activement les symptômes avec des outils d’IA, cherchent des moyens de rester en santé et investissent davantage dans la prévention, faisant du consommateur un payeur dans l’écosystème des soins de santé aussi. Les réformes du système de santé et les changements impulsés par les usagers convergent aujourd’hui, ce qui accentue la pression sur le système pour qu’il agisse rapidement.
L’entrée de Medavie dans le secteur des soins primaires donne une idée de la direction que prend cette évolution. Dave a décrit le raisonnement qui sous-tend cette décision : « Nous analysons le paysage des soins de santé canadiens et nous pensons qu’il s’agit d’un problème de coordination. » Ce n’est pas seulement un système public, ce n’est pas seulement un système privé. Nous devons nous reconnaître mutuellement et travailler ensemble. »
Les données connectées sont la base d’une expérience de santé unifiée
Si le défi réside essentiellement dans la coordination et la prise en charge proactive, les données constituent l’infrastructure qui permet ou empêche leur mise en œuvre. Pour l’instant, ça sert surtout à l’empêcher. Lorsque les données d’un patient sont dispersées entre son portail de prestations, ses dossiers pharmaceutiques, ses spécialistes et son médecin traitant, personne n’a une vue d’ensemble de la situation et le système ne peut que réagir. Il ne peut pas du tout guider les gens à gérer leur santé de manière proactive.
Nous ne pouvons pas fusionner toutes ces parties du système de santé, mais nous pouvons les connecter autour du patient. La Loi sur les soins connectés commence à relever le niveau d’interopérabilité attendu. Les normes techniques attirent beaucoup d’attention, mais le signal important est que les données doivent suivre le patient. Comme Michelle l’a fait remarquer lors de notre conversation, les systèmes de santé ont eu de fortes incitations à conserver leurs données plutôt qu’à les partager, et cette loi commence à inverser cette tendance.
Lorsque les données pourront être intégrées aux soins primaires, aux outils numériques et aux plateformes conçues autour du parcours du patient, nous pourrons enfin bâtir le modèle de soins proactif et unifié dont les Canadiens ont besoin. Les organisations comme League et Medavie démontrent déjà que le modèle en amont fonctionne : repérer les gens plus tôt et coordonner leurs soins à travers une expérience continue et connectée est possible aujourd’hui.
Les soins de santé constituent un investissement économique urgent
Les soins de santé sont plus qu’une simple ligne budgétaire. Il existe un lien clair entre notre santé et notre bien-être et notre prospérité économique.
En ce moment, nous dépensons plus de notre capital en santé et obtenons de pires résultats, alors que cela devrait fonctionner à l’inverse. Une population en meilleure santé reste plus longtemps sur le marché du travail, contribue davantage et réduit les conséquences néfastes des maladies chroniques, des absences au travail et des soins aigus évitables.
Repenser la santé comme un moteur de la croissance nationale commence à se manifester dans la façon dont les organisations fonctionnent. Medavie a intégré l’idée d’une « économie des soins » florissante dans sa stratégie quinquennale, considérant les dépenses de santé comme une innovation à débloquer plutôt que comme un coût à contenir.
L’urgence est réelle. Pendant la pandémie de COVID-19, le système s’est uni, s’est adapté rapidement et a mis de côté la pensée incrémentale parce que c’était nécessaire. Face au vieillissement de la population, à l’augmentation des maladies chroniques et à une main-d’œuvre qui doit rester productive, nous devons adopter dès maintenant cette même mentalité.
Michelle l’a dit clairement : « Si nous laissons passer cette occasion, ce n’est pas une occasion manquée. » C’est un échec cumulatif. »
C’est le moment de bouger
Le Canada a une formidable occasion de tirer davantage parti des 399 milliards de dollars qu’il consacre déjà aux soins de santé. Le passage des soins de maladie aux soins de bien-être et aux soins préventifs est clair. Ce qui m’enthousiasme le plus, c’est que nous pouvons accélérer cette transformation grâce aux capacités d’IA d’aujourd’hui et à des données plus connectées.
Les consommateurs investissent déjà leur temps et leur argent pour mieux comprendre leur santé. L’objectif est de rendre cela accessible à un plus grand nombre de Canadiens, afin que le temps très limité dont disposent nos prestataires soit consacré aux interactions les plus importantes. C’est là le principal problème d’optimisation auquel nous devons faire face dans le système de santé canadien.
Chez League, c’est exactement ce que nous faisons aux côtés des payeurs, fournisseurs, laboratoires, détaillants de pharmacies et partenaires comme Deloitte Canada. Et les premiers résultats nous montrent que cette approche fonctionne : pour un assureur canadien de premier plan en santé, le déploiement d’une expérience numérique unifiée pour le consommateur a permis une augmentation de l’engagement multipliée par trois et une adoption des services de santé multipliée par six.
La conversation avec Michelle et Dave a renforcé quelque chose que nous, chez League, croyons profondément : chaque Canadien devrait avoir accès à des soins qui l’aident à comprendre ses propres données de santé, l’accompagnent avant qu’il ne soit en crise, et facilitent la prise de mesures pour sa santé. Lorsque cela se produit à grande échelle, le reste du système commence à mieux fonctionner.
Donc ma question pour vous et tous les leaders du secteur de la santé : comment votre organisation se manifeste-t-elle pour les Canadiens plus tôt dans leur parcours en santé, et pas seulement lorsqu’ils atteignent une crise ?
Sources
- CIHI, Comprendre les investissements en santé publique, avril 2026.
- CIHI, Tendances nationales des dépenses de santé, novembre 2025.
- OCDE, Regards sur la santé 2025 : Canada, novembre 2025.
- Institut C.D. Howe, Diagnostic inquiétant : Comparaison du système de santé canadien avec celui de ses homologues internationaux, janvier 2025.
- Association médicale canadienne, 5,9 million d’adultes au Canada n’ont toujours pas de médecin de famille décembre 2025.
- CIHI, tendances NHEX, novembre 2025.
- Stratégies de liaison, IA dans les soins de santé : Canadiens utilisant l’IA, mai 2026.

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Hear directly from Michelle Theroux (Deloitte Canada) and Dave Adams (Medavie) on the technology, coordination, and bold thinking needed to build a health system that works for every Canadian.
